Lunchbreak Tactics est l'idée la plus farfelue de l'année, et ça marche
Borealys Games transforme un inventaire de supermarché en deckbuilder. Le pitch ressemble à une blague à un seul niveau. La version de lancement laisse penser que la blague est jouable.
Un employé en pause déjeuner dans la réserve d’un Anymart Superstore attrape une serpillière, une dinde congelée et un pack de boissons énergisantes. Dans Lunchbreak Tactics, c’est une main de départ.
Le nouveau jeu de cartes de Borealys Games sort aujourd’hui sur Steam. Borealys, c’est le studio montréalais derrière Mages of Mystralia il y a presque dix ans, et c’est son plus gros projet depuis. Le concept ressemble au genre de pitch indé d’une seule phrase qu’on applaudit poliment dans un showcase et qu’on rembourse trois jours plus tard. À en croire la démo et le cycle presse, celui-là a l’air de pouvoir tenir la distance.
Le concept est plus malin qu’il en a l’air
La structure est plus stratégique que la baston-de-supermarché ne le laisse croire. Le joueur choisit un héros parmi 16, drafte parmi 6 clans de cartes répartis sur plus de 200 cartes, monte une escouade et appuie sur “go” pendant que l’auto-battler se résout tout seul. Les matchs sont asynchrones : l’escouade adverse est verrouillée comme un fantôme à la Pokémon Showdown. Pas de timer, pas de pression temps réel. Les joueurs montent dans le classement pour le titre de Glandeur du Mois.
Cela place Lunchbreak Tactics structurellement plus près de Slay the Spire que d’un auto-battler classique. Les clans sont vendus comme de vraies factions avec leur propre identité mécanique plutôt que comme des reskins de couleur, et c’est ce point qui doit tenir pour qu’un jeu de cartes ait des jambes.
Un aparté perso : le style anime du casting, j’adhère complètement. Beaucoup de jeux de cartes compétitifs s’arrêtent aux portraits codés par couleur ou aux mascottes génériques. Lunchbreak Tactics donne à chaque héros une vraie tête avec une personnalité, et c’est franchement la partie de l’identité visuelle qui m’a accroché avant même les mécaniques.

Ce que le jeu complet ajoute
La démo gratuite sur Steam propose 3 des 6 clans. La version de lancement met l’autre moitié du pool de squad-building en ligne, et c’est là que le puzzle de synergies a enfin les pièces qu’il faut pour vraiment fonctionner. Ceux qui ont testé la démo et l’ont trouvée un peu maigre avaient raison sur la démo. Le jeu complet n’a pas la même forme.
Le point à surveiller sur les deux prochaines semaines, c’est le rodage de l’équilibrage. Le PvP asynchrone garantit que la méta va bouger vite, le temps que tout le monde tombe indépendamment sur les mêmes combos. Borealys a promis des patchs rapides, et c’est de cette promesse que dépend la fraîcheur du jeu une fois que chacun se sera installé sur son escouade fétiche.
Sa place sur l’étagère encombrée des deckbuilders
Le deckbuilder n’est pas un genre discret en ce moment. On vient de couvrir Vampire Crawlers la semaine dernière, et notre sélection de roguelikes deckbuilders commence à peser. Lunchbreak Tactics ne prétend pas jouer dans cette catégorie. Il est plus proche dans l’esprit de Super Auto Pets avec une couche de deckbuilding et une identité comique, ce qui est plus rare qu’on ne le pense.
Le pitch ressemble plus à un jeu de ladder multijoueur qu’à une run solo serrée. Les joueurs qui cherchent un roguelike posé de 30 minutes devraient regarder ailleurs. Ceux qui veulent verrouiller une escouade débile, la lâcher contre cinq autres ladders pendant la nuit et regarder les classements le lendemain ne trouveront pas d’autre jeu qui gratte exactement cet endroit en ce moment.

Concrètement
Lunchbreak Tactics sort aujourd’hui, 28 avril 2026, sur Steam. Windows uniquement au lancement, pas de support Mac ni Linux et aucune version console annoncée. Le studio confirme une réduction de lancement, même si Steam n’avait pas encore basculé l’étiquette de prix au moment de l’écriture. La démo reste en ligne pour qui veut goûter à trois clans avant de s’engager.
Borealys co-publie avec Vsoo Games. C’est le plus gros projet du studio depuis Mages of Mystralia en 2017, et un vrai virage de genre. Passer de l’action-RPG fantastique au jeu de cartes compétitif comique, c’est exactement le genre de pari que les petits studios devraient faire, et le soin du jeu mérite déjà qu’on lui souhaite la réussite.
Le pitch supermarché est trop drôle pour que le jeu ne trouve pas son public. Reste à voir si ce public reste, ce qui dépendra de la vitesse à laquelle Borealys patche la méta.
Écrit par
Florian HuetDev iOS le jour, dev de jeux indé la nuit. J'essaie de donner vie à GameDō Studio.
Je fais des jeux et je parle de ceux auxquels je n'arrive pas à décrocher.